Et si écrire c’était aussi cela, voyager. Se mettre au bord de la feuille blanche dans cette attente de soi, des autres, de ce qui va s’écrire. Comme on se tiendrait au bord d’un bastingage. Au bord d’une terre. Dans cette juste distance entre le quai et le bateau, entre le « où on est » et « où on est déjà ». Porter son regard sur ce que l’on va découvrir dans ce que l’on ignore ou bien dans ce que l’on retrouve. Dans les deux cas un chemin déjà commencé ; dès qu’on a posé le regard. Autrement. Avec cette attente. Et cet inconnu qui phrase après phrase comme pas après pas devient ce que l’on est. Nous fait être.
Cette si petite distance entre le quai et le bateau…. Deux petits morceaux de puzzle, qui s’assemblent et se séparent. Deux petits bouts de soi. L’un qui ne s’arrête plus que sur le vide, le manque. L’autre qui devient l’errance. Comme deux identités de soi. L’une qui râpe, l’autre qui produit. Un clapotis de nos âmes. Des mots qui glissent. Qui se heurtent. Deux identités de soi, qui sans arrêt s’appellent et se rejoignent, dans ces amarres de nos regards. Et puis on laisse le lien. Le cordage. Même si cela fait mal, jusqu’à la trame parfois. Comme s’il fallait laisser pour mieux trouver. Les mots comme les hommes.
Et si écrire c’était aussi cela, rester. Grimper un escalier ou bien une échelle, s’arrimer à un bout de pierres rondes où l’on est tout à la fois partout et nulle part, simplement au centre d’un phare qui donne tout autant au nord et au sud, à l’est et à l’ouest dans cette rondeur de la vitre et du miroir, du chemin de garde…Et nous en veille. A allumer des feux et les lancer, au nord comme au sud. A l’est comme à l’ouest. Explorateurs de l’immobile. Au sud refaire les pas. A l’ouest et à l’est, tirer des bords, se décentrer. Au nord, droit devant, chercher à comprendre. Ne pas régler sa boussole sur l’avenir. L’avenir est toujours incertain. Régler son pas sur la veille. La curiosité. S’il le faut, briser la vitre, le miroir. L’image. Et sentir le vent. L’errance à jamais. Des bords d’encre pour s’arrimer.
Des bords insaisissables comme l’identité ou bien l’errance. Des bords en mailles serrées où tamiser. Des bords où d’autres ont planté leur encre si loin de nous et peut être si proche dans l’approche de leurs mots. Des bords à ne pas bouder hors de nous, à apprivoiser comme ce bateau tout à la fois blanc et noir, bois et acier, hublots et mâts, liens tendus et serrés, rompus….où tout est langage, voyage. Pas seulement de terres. Ou alors humaines.



