LIVRE D'OR BORDENCRE

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#7
Larguer les amarres
Voilà qu’ils partent
Les voilà partis
Avec cet éclat dans les yeux
Qui permet d’un seul regard
D’embrasser l’horizon
Cœurs gonflés, la tête dans les nuages
Gabiers sur les vergues
Dé carguer le hunier volant, le fixe et la misaine !
Matelots hissez la grand voile et l’artimon !
Timonier tiens bon la barre
La Boudeuse va danser sur l’océan !
Roulez, tanguez, prenez de la bande
Enfants de l’aventure !
Ce que vous allez voir
Sera Paradis ou Enfer
Jubilation ou Chagrin
Selon que vous y mettrez
Votre Ame ou vos Peurs.
Hardi Marins !
Equipage improbable
Ton ciment, ta force,
Tes joies, ta fortune
Partagés et uniques
Ont pour socle
L’élan vers les autres et
Les merveilles de ce monde
Voilà qu’ils partent…
Les voilà partis…
Avel mad les amis
Que ceux qui vous aiment
Vous gardent !
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#6
De la Terre.
"Pour acquérir la liberté, il faut trois choses:
la force, la connaissance et l'amour."
Lanza del Vasto
D'une famille d'industriels, mon enfance fut marquée
par un retour à la terre, à la suite d'une véritable
conversion opérée dans le coeur de mes parents.
De cette forme de conversion qui donne fruit à un
renversement intérieur dans l'esprit de Thoreau
lorsqu'il dit:" relever l'être véritable derrière le
Paraître". Donnant corps, avec justesse, à cette vie
dans ce qu'elle a de plus essentiel et de plus
profond.
Enfance. Premier éveil. Nous vivions en presque totale autarcie volontaire. Proche d'autres familles plus
strictes encore dans leur choix.
Ces hommes et ces femmes fondèrent les premières
mouvances d'un principe écologique naissant.
Tous bâtisseurs, précurseurs et visionnaires.
Tant pragmatiques que fous. Dans le privilège
de cette folie.
La maison ne désemplissait pas. Une humanité affermie.
Variée.
Toutes ces choses dites, entendues et vécues
marquèrent, à jamais, ma vie.
Ainsi, par Grâce, j'ai grandi dans la proximité d'une
nature sauvage et préservée. Respirant librement
cette vie déliée de tout artifice.
Racines. Exceptionnelles racines qui permettent
de voir tourner le vent.
Ces Hommes-là étaient des joyeux. Leur ancrage à la
simplicité était principes et préceptes de vie.
Leur choix n'était pas de renoncer aux choses mais
de magnifier leur vie. Bouffeurs d'espérance.
Non pas ravagés par la crainte.
L'Homme, aujourd'hui, vit de terreur.
On nous dit: -Pansons la terre! -Sauvons-la!
Mais quelle force mentale faut-il pour ce si soudain basculement des choses.
Nourris et soigne cette créature dont les infirmités
donnent la mort. Puisque sa mort est notre mort.
La terre obéit à sa nature.
En résonance de son altérité.
Si l'Homme ancien vouait un culte à la Nature
ce n'était peut-être pas pour chercher refuge,
aide ou satisfaction. J'aimerais croire que
sa vénération était emprunte de gratitude.
Cette terre est nous et nous sommes cette terre.
Il n'y a pas enfantement. Il y a Genèse. Perpétuelle.
Il manquerait presque, aux Béatitudes du Christ, cet:
Heureux ceux qui ne possèdent pas la terre,
ils ne seront pas possédés.
Peuples d'errances. Foulant la terre. Petits peuples
sans la terre.
Peuples de suffisance. Rêvant la terre. Grands peuples
sans goût de terre.
Fils et filles. Tous déshérités.
Qui peut se targuer, aujourd'hui, d'une filiation
à cette légitimité?
Dans la nuit des temps, l'Homme vénérait probablement
la Nature toute entière comme force de construction
qui faisait corps avec son propre rythme.
Mère matricielle et non mère de lait.
L'acte le plus juste serait donc l'aimer.
Dans l'évidence sacrée de ce lien.
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#5
(Poème chinois)
Je suis un Enfant-Roi
Je suis né sous l'aile du papillon
Le jour de la Sainte Rébellion
L'instant à Moi de faire n'importe quoi
Une nuit...
Une nuit j'attends demain
Demain nous serons deux
Deux ne formant qu'un
Qu'un seul et indivisible être
Être héroïque et érotique
Erotique création d'un rêve
Rêve d'une danse de muse
Muse de l'Eden, une voix me dit:"Oui!"
Oui à l'éternelle odyssée
Odyssée de mon coeur je vous aime. -
#4
Y-a-t-il un axe qui se tient. Qui se touche.
Tête-terre-altière. Quand prendrons-nous ton poul.
Tu respires? Encore? Souffle-moi de ton souffle pour ce que tu vis en moi. Axe-moi la tête en haut, en bas. Cruciforme-moi. Mais de vie!
Frivole. Tu rigoles.
Tes cheveux chevauchants chevelus n'indiquent pas le vent. Tu hurles. Soit. Il est temps.
Mais, moi, terre, que puis-je, les bras ballants.
Mets-moi au monde même entre tendres jambes chancelantes.
Que je t'aime. Toi aussi, dis?
Sommes-nous si incertains. Sans certitude. Tire à moi la force vive qui de relents s'efforce à trier la lumière.
Bras agités de l'aube qui point.
poings liés.
Mais vivre! -
#3
Armement
Successeur de feu la Jonque
Dragon aux ailes de reptile
Perdu au fond des mers
La Boudeuse en garde
Un tatouage à sa proue
Comme une cicatrice
Signe d’une aventure infinie
A la découverte des hommes
Elle n’attend que ses propres ailes
Attrapes Vent carrés, triangulaires ou trapézoïdaux
Pour danser sur l’océan et la houle
Fendre l’écume, survoler la vague
Comme un oiseau fabuleux
Heureux de s’embarquer
Le regard des hommes
Reflète déjà les horizons lointains
L’Inattendu, l’Inconnu
L’ardeur submerge toute crainte
Et transforme cette pointe au cœur
En une indicible joie
Joie parfois difficile à partager
Avec ceux qui restent
Quand le navire disparaît à l’horizon
Ne soyez pas tristes !
Nous reviendrons avec
Dans les yeux
Cette lumière
Témoin des merveilles
Et des hommes rencontrés
Alors comprendrez-vous
Cette jubilation
De partir à l’aventure
Et grâce à son éclairage
Partager ce bonheur
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#2
Ah! Que tu es petit mon oeil qui regarde.
Il est des mots qui énoncent l'image, son reflet inspiré.
L'image ne signifie pas correspondance. L'image est souffle unifié. Elle est parcelle du tout, rendue une par la vue. Vue, vision, mémoire du monde. L'image ne renseigne rien, si la vision est creuse. Elle énonce des codes, couleurs, vibrations. Une mise en demeure de l'espace, de l'objet qui en lui même provoque les sens.
Mais que voyons-nous? Que regardes-tu?
Qui es-tu, toi, le contemplant, quand l'image pose ton oeil en étau? Rien si tu es vide. Un monde si tu lui fais corps.
Et, je songeais au voyage, à votre navire, à ce monde immergé qui trace, creuse et marque. Je pensais à la vue, là bas, en mer, qui se décante au gré des jours, des mois. Puis, se défait d'elle-même. Je pensais à l'essentielle vision des bleus, des blancs, des noirs, des verts donc du jaune. Là, où les mondes se joingnent. Par la couleur et par la ligne. Par la lumière marquée au trait. Là, la courbe de l'arbre en sa nervure se retrouve dans le flôt hachuré. Là, où tout mouvement crée, dresse, racle comme à l'ébauche du monde. Alors, j'enviais votre route. Dans l'absente image qui laisse tout à créer.
Que les vents soient favorables à l'oeil du marin qui fera lune son orbite. Qui étoilera la vague au firmament de sa force. Qui laissera l'image-absence tracer des routes au confin de ses âmes. Enfin, que transcende et naisse de vos regards, matière hors d'elle-même sortie. En monde primordial.
(En écho des mots du 25 mai. Envie de vous écrire.) -
#1
Départ.
Ne pleurez pas. Ne me pleure pas. Ne pleure pas.
Passe, avance, passe! Partir. Adieu.
Pleurs-fleurs-pas. A Dieu!
Femmes qui voyez partir.
Femmes-fleurs.
Offertes.
Rougis, ton regard inversé.
Celui qui retient pour ne pas offrir.
Femme, offrande sur un quai. Femme offerte.
Ta joie illusoire, marin.
Son âme: béante, arrimée à l'horizon lointain.
Bientôt, te reste le point au regard.
Marins, souffrez seulement, de n'avoir reconnu son chagrin qui s'est tu.
Bords d'Encre



